No 263 13 Sivan 5773 Mercredi 22 Mai 2013 Parachat Bamidbar

Horaires de Chabbat
  Jérusalem : 18:50-20:06
  Tel Aviv : 19:05-20:09
  Haïfa : 18:58-20:10
  Ashdod : 19:05-20:09
Paris : 21:00-22:18
Marseille : 20:31-21:41
Netanya : 19:10-20:08
Eilat : 19:04-20:01
       sommaire Accueil Hamodia Je m'abonne Annoncer Archives Contactez-nous Prix: France 1 Euro Autre pays : 2 Euro - 5 shekels
Arié Derhy reprend la présidence de Chas
...Plus
Qui en veut à Clément Weill Raynal, dans l’affaire du Syndicat de la Magistrature?
Le journaliste de France 3 se retrouve sur le banc des accusés pour avoir diffusé les images d’un « mur des imbéciles » mis en scène par des juges de gauche. À moins que l’on ne lui fasse ...Plus
Israël sauve le cœur des enfants du Tiers monde
S.A.C.H., acronyme en anglais de « Save a child’s heart », (sauver le cœur d’un enfant), est une association caritative israélienne, qui s’est donnée pour mission d’opérer ou de traiter ...Plus
Lorsque Nétanyaou s’inspire de Sharon
Bookmark and Share
 No 09 mai 2012, Politique

Binyamin Nétanyaou, l’homme qui rêvait de briser Kadima en est devenu, mardi 8 mai, le sauveur en provoquant, comme Sharon avant lui, un véritable bing bang politique. Il en tire bien sûr un intérêt politique et restera Premier ministre jusqu’en fin 2013. Au grand dam de ceux qui comme Yaïr Lapid et Sheli Yéhimovitz, croyaient que les élections se tiendraient dans 4 mois.

Un rappel historique : au mois de novembre 2005, la tension entre Ariel Sharon, alors Premier ministre d’un gouvernement d’union nationale Likoud-Travaillistes, et les « rebelles » du Likoud, atteint son paroxysme. L’élection d’Amir Péretz à la présidence du parti travailliste durant ce même mois, conduit Sharon à la conclusion qu’il ne pourra plus gouverner avec un Likoud trop à droite et un parti travailliste trop à gauche. Le 19 novembre en soirée, Sharon réunit son fameux « Forum » dans sa ferme des Sycomores et tranche : il décide de quitter le Likoud pour fonder le parti Kadima. Beaucoup d’Israéliens se souviennent encore de cette nuit-là et de la stupéfaction qui s’était emparée de la classe politique et des commentateurs en apprenant la manœuvre d'Ariel Sharon.
C'est la même stupéfaction que l'on a pu constater, ce mardi 8 mai, lorsque les sites d’information ont annoncé en pleine nuit la signature inattendue d’un accord de Coalition entre le Likoud de Binyamin Nétanyaou et le Kadima de Chaoul Mofaz, accord qui provoquait l’annulation pure et simple des élections législatives anticipées que la Knesset venait justement de voter en première lecture quelques heures auparavant. Concrètement, les deux leaders politiques ont totalement bluffé la classe politique. Même les journalistes n’y ont vu que du feu. Pourtant, le tandem Nétanyaou-Mofaz se retrouve aujourd’hui à la tête d’une coalition gouvernementale d'union nationale rassemblant 94 députés dont l'ensemble des députés orthodoxes, qui ira jusqu’au bout du mandat attribué à la 18e Knesset c’est-à-dire jusqu’en novembre 2013! Une fois la surprise passée, on peut avancer plusieurs explications à cette démarche hors du commun qui suscite, une certaine admiration à Droite, et beaucoup de mépris au Centre et à Gauche.
1. Le pragmatisme de Chaoul Mofaz
C’est en fait le nouveau patron de Kadima qui était demandeur. C’est lui qui a intercédé auprès de Binyamin Nétanyaou. Durant les Shiva au domicile du professeur Ben Tsion Nétanyaou, Chaoul Mofaz s’est entretenu en aparté avec le Premier ministre et a soulevé l’éventualité d’un accord entre le Likoud et Kadima. Certes, Chaoul Mofaz a déclaré dans un passé encore récent que jamais il ne rejoindrait le gouvernement de Nétanyaou. Certes c'est lui qui a traité, il n’y a pas si longtemps, le Premier ministre de menteur. Mais ceux qui suivent la vie politique israélienne depuis quelques années savent que Mofaz a depuis longtemps gagné ses galons d’opportuniste. N’est-ce pas lui qui avait rejoint Kadima, deux jours à peine après avoir juré qu’il resterait au « bercail » au Likoud ? Restait à Mofaz à prouver qu’il savait aussi être pragmatique. Or, depuis l’annonce des élections anticipées, Mofaz a eu le loisir de consulter les sondages, qui tous n’accordaient guère plus de 11 mandats à son parti. Il a vu les visages décomposés de ses 26 collègues députés (exceptée Livni) lorsqu’ils ont appris que les élections auraient lieu dans 4 mois à peine et que deux tiers d’entre eux risquaient alors se retrouver à l’ANPE. Et il a su en tirer les conclusions immédiates : il a estimé que la seule option pour éviter à Kadima un enterrement politique le 4 septembre était de rallier le gouvernement Nétanyaou et s’accorder ainsi 15 mois de sursis. De plus face à son électorat, Mofaz pourra toujours s’enorgueillir d’avoir été celui qui a permis le vote d’une nouvelle loi sur l’enrôlement national qui remplacera la loi Tal. Lui et pas Avigdor Lieberman. Lui et certainement pas Yaïr Lapid ou Shéli Yé’himovitz.
2. La Convention du Likoud
Binyamin Nétanyaou s’est retrouvé, dimanche soir dernier, devant la Convention du Likoud comme Ariel Sharon l’avait été en novembre 2005, après l’expulsion du Gouch Katif, c'est-à-dire face à une puissante opposition interne sur son aile droite. Sharon a réagi en créant en pleine nuit Kadima, Nétanyaou a réagi, également en pleine nuit, et avec la même intensité dramatique, en concluant un accord de coalition avec Kadima… Les voies de la politique israélienne sont parfois (souvent) impénétrables. En voyant le clan Feiglin l’empêcher d’être élu a la présidence de la Convention, Nétanyaou a d’abord compris que cette aile droite radicale risquait d’avoir le dernier mot dans la composition de la liste électorale du Likoud aux élections prévues pour le 4 septembre et qu’il risquait de se retrouver à la tête d’un Likoud plus radical encore que celui qu’il dirige actuellement. En s’alliant à Mofaz, Nétanyaou a provoqué un nouveau « bing bang » dans la classe politique presque aussi important que celui initié par Sharon en novembre 2005. Mais surtout, il s’est mis à l’abri des exigences des députés Likoud les plus radicaux. Ce faisant, Nétanyaou a brusquement fait virer son paquebot coalitioniste vers le Centre. Certains diront que le Premier ministre n’a pas attendu longtemps avant de se démarquer de l’idéologie ultra-nationaliste de son défunt père, le professeur Ben Tsion Nétanyaou. Mais il est encore prématuré d’aller jusque-là.
3. L’affaire du quartier de l’Oulpena
Quelques heures avant l’annonce de l’accord de coalition Likoud-Kadima, Binyamin Nétanyaou a dû se rendre à l’évidence, la Cour Suprême n’avait pas l’intention de lui accorder le délai qu’il avait réclamé pour surseoir à l’évacuation du quartier de l’Oulpena. Les juges et Asher Grounis à leur tête lui ont fait savoir que cette évacuation devait intervenir avant la fin du mois de juillet, c'est-à-dire en pleine période électorale. On imagine l’effet désastreux que pourrait avoir la démolition des cinq immeubles du quartier de l’Oulpena sur l’électorat de la droite nationaliste, effet qui aurait également affecté le prestige du Premier ministre. « Nous avons un véritable problème », a confié un proche conseiller de Nétanyaou à l’annonce de la décision de la Cour Suprême. Un problème que Binyamin Nétanyaou a décidé de régler en faisant entrer Kadima dans sa coalition. C’est une chose de « tolérer » la destruction d’immeuble en pleine campagne électorale, c’en est une autre de le faire à la tête d’une coalition de 94 députés. Et puis d’ici novembre 2013, même les nationalistes les plus « idéologiques » auront le temps d’oublier.

4. La nouvelle loi Tal
C’était, nous l’avons écrit, l’une des raisons essentielles qui avaient conduit le Premier ministre à devancer les élections. Nétanyaou voulait se débarrasser de ce casse-tête et surtout éviter de froisser les orthodoxes. Mais avec Mofaz, Binyamin Nétanyaou a trouvé un partenaire qui devrait être relativement conciliant sur ce point. Mofaz s’est en effet toujours présenté comme proche du monde de la Torah. Il a toujours clamé que si lui et non Livni, avait été en 2008 à la tête de Kadima, les orthodoxes auraient accepté de le propulser au poste de Premier ministre. Tout porte donc à croire que la nouvelle loi sur « l’enrôlement général » ne choquera pas outre mesure les formations orthodoxes. Le feu vert donné par Élie Ichaï et par le Judaïsme de la Torah à l’accord de coalition en est la preuve.
5. Le Budget de l’État 2013
Binyamin Nétanyaou savait qu’à la veille de la présentation du Budget 2013, il se serait retrouvé soumis aux exigences économiques de nombreuses formations. C’est pour éviter ce chantage qu’il a voulu les élections. Mais avec le soutien de Kadima, le Premier ministre n’a plus besoin du soutien parlementaire d’Avigdor Lieberman ou même des formations orthodoxes. D’autant plus que le budget 2013 devrait être particulièrement douloureux avec une coupe de 10 milliards de shekels dans les ministères. Sans cette manœuvre nocturne, jamais le Premier ministre n’aurait pu faire voter un tel budget.
Seule incertitude pour certains et inquiétude pour l’autre : le processus de paix. L’accord de coalition mentionne une relance des négociations. Et si Kadima de Mofaz ressemble en tous points à Kadima de Livni, le Premier ministre israélien risque d’être entraîné « à l’insu de son plein gré » dans une reprise du dialogue avec Mahmoud Abbas, ce qui risque de provoquer des remous tant dans son parti qu’au sein de la droite nationaliste et idéologique. Mais sur le fond, pour M. Nétanyaou, l’essentiel est acquis : il restera Premier ministre jusqu’en novembre 2013. Au moins.