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« On doit voter là où l’on vit »
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 No 25 avril 2012, Elections

Ilan Greilsammer, Professeur de Sciences-politiques à l’Université Bar Ilan, analyse le résultat du scrutin de dimanche au sein de
la communauté des Français d’Israël. Pour lui, les électeurs se sont avant tout prononcés en fonction de la question israélienne et
de l’antisémitisme.

- Hamodia : Un taux de participation
de seulement 14,74 % en Israël
pour ce premier tour, cela vous surprend
?
- Ilan Greilsammer : Non, d’autant
que moi-même qui suis Francoisraélien,
je ne suis pas allé voter.
Je n’imagine donc pas faire de remarques
sur les abstentionnistes.
Je pense que les gens qui ont décidé
de faire leur vie dans un autre
pays n’ont pas à intervenir dans le
choix des dirigeants de leur pays
d’origine. La règle est simple : on
vote là où l’on vit, dans la communauté
humaine dont on a décidé
de faire partie. Je comprends
donc tout à fait les Français d’origine
qui ont décidé en leur âme et
conscience de ne pas aller voter.
De la même façon, je ne suis pas du
tout en faveur d’un éventuel droit
de vote aux élections en Israël,
pour les Israéliens qui sont partis
faire leur vie ailleurs, notamment
aux États-Unis. De quel droit quelqu’un
qui vit à New York aurait le
droit d’intervenir dans le choix de
faire la guerre ou non.
- Vous pensez que chez les 85 %
d’abstentionnistes, c’est cette
considération éthique qui a prévalu
?
- Je pense surtout que la très
grande majorité d’entre eux ne se
sentaient pas particulièrement
concernés par cette élection.
- L’autre fait marquant de ce scrutin
en Israël, c’est le score très
élevé de Nicolas Sarkozy, 82 %.
Comment l’expliquez-vous ?
- La grande majorité des Israéliens
d’origine française, comme
d’ailleurs les Juifs de France, sont
principalement concernés par les
relations avec Israël et par la lutte
contre l’antisémitisme. Il ne fait
aucun doute qu’à comparer les différents
candidats, la grande majorité
des électeurs en Israël pense
que Sarkozy est le meilleur de ce
point de vue et qu’il a eu une attitude
modérée vis-à-vis d’Israël.
En tout cas, pour eux, cela vaut
mieux que le Parti socialiste dont
on ne connaît pas exactement les
positions à l’égard d’Israël et qui
risque surtout d’avoir des alliés
dans une éventuelle coalition de
gauche, qui, eux sont carrément
hostiles à Israël.
- Et le très faible score de Marine
le Pen en Israël ? On parlait d’une
offensive du Front national en direction
des Juifs : c’est un échec…
- Les gens ne sont pas idiots. Ce
n’est pas parce qu’un candidat
est anti arabe que les gens votent
pour lui. Tout le monde sait que
l’extrême droite n’est pas seulement
anti arabe mais également
antisémite. La plupart des Juifs
comprennent que voter pour l’extrême
droite raciste est quelque
chose d’impensable.
- Ce vote massif pour Nicolas
Sarkozy veut-il dire que les électeurs,
en Israël, sont de droite ?
- Non. Je ne pense pas que les
questions de droite ou de gauche
soient intervenues en la matière.
Tout confirme que les électeurs
ont d’abord considéré l’attitude du
président passé ou futur à l’égard
d’Israël. Les questions socio-économiques
françaises n’ont que
très peu joué. L’attitude très ferme
de Sarkozy après les évènements
de Toulouse a joué en sa faveur.
- Est-il possible de faire des prévisions
de ce premier tour par rapport
aux législatives de juin prochain ?
- Ce sera une élection très différente
où entreront en considération
d’autres réflexions. Les positionnements
droite-gauche joueront
beaucoup plus. Les voix seront
réparties entre les candidats
de façon beaucoup plus égale. Je
n’imagine pas, par exemple, que
l’un d’entre eux puisse rafler 80 %
des voix au premier tour.
Par contre, je ne pense pas que le
taux de participation sera amélioré,
l’élection présidentielle étant la
plus médiatisée. Encore une fois,
je ne serai pas fâché d’un fort taux
d’abstention. C’est immoral de voter
lorsque l’on ne vit pas dans le
pays dans lequel se déroulent les
élections.
- Dans l’hypothèse où vous seriez
allé voter, quel bulletin auriez-vous
glissé dans l’urne ?
- François Hollande ; car il y a
d’autres enjeux que la question israélienne
ou de l’antisémitisme.